Code rouge

Je me suis souvent demandé ce que je dirais à ma fille le jour où elle tombera nez à nez avec mon phallus en silicone – car cela arrivera, aujourd’hui, je n’en doute plus ! J’ai manqué de l’oublier tellement de fois sur le rebord de mon lavabo qu’un jour, fatalement, je l’oublierais pour de bon.

Jusqu’à présent, le scénario a toujours été le suivant : je suis de sortie quelque part avec des potes et soudain, une pensée me pétrifie, transformant instantanément la conversation en cours en bruit parasite. Est-ce que j’ai bien rangé la queue en plastique rose dans le tiroir ? Est-ce que j’ai bien fermé le tiroir à clé, et planqué la clé ? La plupart du temps, ma mémoire soulève une paupière paresseuse pour me dire « oui, je crois… ». Mais depuis peu, et l’Univers seul sait pourquoi, je suis de moins en moins mal à l’aise avec l’idée qu’elle tombe dessus. Mais si, en fait, je sais pourquoi : Je suis, dans le même temps, proportionnellement de plus en plus mal à l’aise avec l’idée d’être une parfaite hypocrite, moi qui trompette sur tous les toits que le plaisir sexuel est un sujet joyeux qui ne doit pas être mis à l’index. Mais pour envisager une situation où je ne rougirais pas de honte face à ma fille qui m’attend, accusatrice, l’objet du crime à la main (en vérité, ça ne se passerait pas comme ça, hein !), il m’a fallu des années.

Car mon lapin est un vieux compagnon. Que j’ai eu un homme dans ma vie ou pas, il a toujours été en service – et il serait malvenu pour les hommes d’en prendre offense car eux-mêmes, casés ou pas, pratiquent régulièrement la bonne vieille branlette, selon le dicton parfaitement sensé qui dit qu’on est jamais aussi bien servi que par soi-même.

Donc, quand ma fille était plus jeune, je ne m’en inquiétais pas trop, car il était facile de répondre à la question « Mamannnn, c’est quoiiiii, ça ? ». Non pas par le mensonge, car je ne lui ai jamais menti, mais à trois ans, les territoires neuronaux sont encore en voie de développement et la mondialisation desdits territoires loin d’être achevée : les réponses possibles sont… infinies ! Par exemple, j’aurais pu dire « C’est un objet utile pour les adultes, qui sert à faire des choses que tu ne peux pas encore faire, ni comprendre. », pour ensuite détourner son attention en créant une situation de stress intense, comme, par exemple, proposer une énième fois de passer son doudou à la machine. Trop fac’ !

Évidemment, les années passant, le jeu d’impro devient de plus en plus compliqué. Il faut alors prévoir des réponses selon l’adage légèrement modifié, tel qu’il suit : la vérité, rien que la vérité mais PAS TOUTE la vérité.

Et puis… Arrive un âge où la marge de manœuvre n’existe plus.  Et pour moi, c’est justement maintenant. Quand votre enfant sait à quoi ressemble un pénis et à quoi il sert, il faut accepter le fait que s’il tombe dessus, vous êtes grillée. A la question « Maman… – Non, mais il n’y aura même plus de question ! Voyons voir… Comment cela pourrait-il se passer ?

Option 1 : je l’ai laissé sur le rebord du lavabo et je le retrouve sous mon oreiller, sans remarque ni question (comme lorsqu’elle est tombée sur mon herbe médicinale), mais j’ai droit à des regards fuyants. Gênant, mais gérable.

Option 2 : elle tombe dessus alors qu’elle est avec ses copines. Alors là, c’est le drame. Du haut de sa quinzaine d’années moralisatrice, j’aurais droit à l’exposé détaillé de comment je lui ai foutu la honte et que franchement, pourquoi j’ai laissé traîner ce truc alors que je savais parfaitement qu’elle ramenait des copines à la maison. Autant vous dire que répondre « j’ai oublié » d’un ton contrit ne marchera pas dans ce sens, pas plus que quand c’est votre enfant qui brandit cette excuse dérisoire.

Option 3 : elle le laisse où il est, ressort et ne revient qu’une fois que je suis rentrée. Je ne saurais jamais qu’elle l’a vu et elle ne m’en parle que trente ans plus tard. (Tiens, mon âge actuel.)

Dans les deux premiers cas, il y aura conversation, et là, pas d’autre choix que de dire la vérité, rien que la vérité, et TOUTE la vérité. Outre le fait que je ne veux toujours pas lui mentir, aucune fable ne tiendrait la route ! Mais… Certaines seraient peut-être tentées d’essayer ? Voyons voir… Qu’est-ce que vous pourriez bien trouver pour essayer de vous sortir de ce mauvais pas ?

Peut-être vous défausserez-vous bassement sur une amie : C’est pas le mien, c’est celui de ma copine Machine qui est venue dormir. Bon sang, elle est incroyable, celle-là !!

Ou peut-être jouerez-vous la carte du candide : Je ne sais pas comment c’est arrivé là, qu’est-ce que c’est ??

 Ou bien encore miserez-vous tout sur celle l’adulte sérieux et responsable : Ah ! Justement, je voulais t’en parler ! C’est un outil éducatif. On s’en sert pour expliquer aux élèves comment poser un préservatif lors des cours d’éducation à la sexualité. Machin(e) l’a amené pour me le montrer et je lui ai demandé de me le laisser pour ce soir. Tu veux que je te montre ? Mais dans ce dernier cas de figure, vous devez impérativement compter parmi vos amis un prof de SVT ou une infirmière scolaire, ce qui réduit drastiquement le champ d’application.

Bon, j’arrête là, j’ai plus d’idées. Sachez toutefois que dans le meilleur des cas, vous aurez droit à un sourcil qui s’élèvera progressivement jusqu’à la racine de ses cheveux, ce qui signifie « Me prends pas pour une conne. », et dans le pire des cas, il ou elle vous adressera un sourire qui frôle la grimace méprisante, et qui ira peut-être jusqu’au MDR. Si à ce moment-là, vous ne bafouillez toujours pas, alors là, chapeau ! Mais dans tous les cas, vous êtes cuite !  Disons même… carbonisée. Calcinée.

Alors, un peu de courage ! Dites la vérité ! Démontrez à votre enfant qui est en âge de comprendre, puisqu’il reconnaît parfaitement l’objet pour ce qu’il est, que le sexe, les envies, le plaisir, c’est naturel, c’est bon, c’est nécessaire, ça donne bon teint, ça prolonge l’espérance de vie ! Et parfois, même, c’est grâce à ça que vous lui dites oui à une demande que vous jugeriez en temps normal comme irrecevable, parce que ça détend et que ça améliore l’humeur !

Donc, à la question qui sera probablement quelque chose du genre « MAIS POURQUOI T’AS CA ?! », vous pourriez répondre calmement, tranquillement :

– C’est un objet qui sert à dispenser du plaisir. Je suis bien consciente que la vision de ta mère en train de l’utiliser est profondément dérangeante à ton âge, mais je suis une femme, pas qu’une mère, j’ai une vie sexuelle, et les raisons de ta présence sur terre ne t’ont probablement pas échappées. Donc, lorsque le besoin, l’envie se font sentir, je l’utilise. Je te promets de faire tout mon possible pour ne plus l’oublier à un endroit où tu pourrais tomber dessus, pour peu que tu évites de faire mon lit quand tu ranges l’appart. Et si tes copines t’emmerdent avec ça, dis-leur simplement que leurs mères en ont un tout pareil, et que si elles ne l’ont toujours pas vu, c’est qu’elles sont moins têtes en l’air que la tienne.

Ensuite, laissez gentiment infuser.

Alors ?

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