J’ai l’impression aujourd’hui que si on n’affiche pas fièrement ses aisselles peignées sur les réseaux sociaux alors on dessert la cause féminine, le combat égalitaire qu’on n’aura – et j’en ai bien conscience ! – jamais fini de mener. L’égalité des droits, l’égalité de considération, plutôt, est un putain de château de sable toujours prêt à s’écrouler et dans lequel certains ne se gênent pas pour donner un coup de pied, l’air de rien, quand ils ne le piétinent pas, purement et simplement.
C’est une réalité rageante.
Mais si je devais me coller une étiquette, je ne me dirais pas féministe, ce mot nous est bien trop souvent jeté à la figure comme une insulte, et pour cause : il prête un peu trop le flanc à la confusion et il est maintes fois considéré comme une revendication extrémiste, voire intégriste. Je lui préfère le terme « égalitariste » qui ne laisse pas de place au doute : on veut notre place à côté des hommes, et pas un pas en avant, pas plus qu’en arrière.
Mais pour en revenir aux poils, je crois que ce combat-là est aujourd’hui dépassé, essentiellement pour une raison, même si j’en évoquerais deux.
La première étant que les hommes ne sont plus les seuls à désirer le corps imberbe, nous aussi on apprécie qu’ils usent de la tondeuse, et le spectre des préférences, chez les hommes comme chez les femmes, est assez large. Certaines exigent l’éradication du moindre poil sur une large surface du corps masculin – y compris le visage, tandis que d’autres attendent seulement que Monsieur se tonde le pubis. Et rares sont celles qui goûtent la vision d’aisselles débordantes, que j’appellerai les aisselles à moustaches. Question d’esthétique, certes, mais aussi de praticité ! Peu agréable, en effet, d’offrir une pipe ou un cunni et de se retrouver à brouter des poils pubiens !
D’ailleurs, les hommes de plus en plus nombreux qui se rasent ou s’épilent, apprécient, pour leur plaisir personnel, d’être débarrassés d’une toison foisonnante favorisant la transpiration et le développement des odeurs, et qui finit invariablement par démanger… Et ce goût pour l’épilation ne date pas d’hier, ça remonte à l’Antiquité ! Les Romains, pour ne citer qu’eux, aimaient exhiber sous leurs jupettes des jambes parfaitement lisses.
Mais attendez, je vous vois venir sur la question des odeurs : Quel est le problème ? Eh bien pour beaucoup, aucun ! Les odeurs participent au dialogue des corps. Napoléon amoureux n’écrivait-il pas à Joséphine : « Ne te lave pas, j’accours et dans huit jours je suis là.[1] » ? Ce que je peux comprendre car moi-même, j’aime humer l’odeur de mon homme, même mâtinée d’une légère odeur de sueur. Certains trouveront ça curieux mais j’adore fourrer mon nez sous son aisselle, et je dis bien « son » aisselle et pas n’importe laquelle. J’aime l’odeur de l’homme que j’aime, ou tout du moins, celui qui suscite en moi plus qu’un désir charnel. Et je crois bien que ça s’arrête là, pour les autres, merci de veiller à votre hygiène personnelle.
Ici et maintenant, ce n’est plus qu’une question de goût, tout simplement. Torses, aisselles, pubis et jambes poilus ou pas, ça revient au même que d’affirmer une préférence pour les crânes rasés, les cheveux courts ou longs, la barbe soigneusement taillée ou touffue, les sourcils parfaitement épilés ou au naturel. Voilà pour ce que l’on consent à faire pour plaire à son partenaire.
Reste ce que l’on fait pour son confort et son égoïste plaisir. Personnellement, je n’éprouve aucune satisfaction à garder du poil sur les jambes, et du crin pubien qui tortillonne sur le haut des cuisses et colonise un espace qui ne lui appartient pas. L’effet, je trouve, est non seulement disgracieux mais aussi désagréable au toucher. La puberté étant passée par là, elle a transformé le doux duvet en foin plus ou moins rêche… Par ailleurs, même en usant du déo, si j’ai procrastiné et retardé mon épilation d’un jour ou deux, à la mi-journée, immanquablement, des effluves désagréables viennent me chatouiller les narines. Des effluves, avouons-le, qu’on n’a pas envie de partager avec les autres, et jusqu’à présent, on n’a pas trouvé d’autre solution que de garder les bras plaqués le long du corps, à moins de se balader en permanence avec son savon et son déo ! Personne ne le fait, sauf à souffrir d’autodysosmophobie (qui est, je vous l’apprends, la crainte exagérée, pathologique, de dégager de mauvaises odeurs.).
Bref, par les temps qui courent, où la bigoterie semble reprendre du poil de la bête et où on nous demande de ranger nos seins à la plage ou au musée, je préfèrerais mener un autre type de combat et afficher mes tétons plutôt que mes poils…
[1] Lettres d’amour à Joséphine, Fayard, p.155.
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