Histoires rêvées

Parce que j’aime bien, aussi, poser mes rêves sur le papier…

J’ai trébuché, je tombe, je m’étale de tout mon long dans une flaque d’eau. J’ai le visage trempé mais je reste immobile, car le mutisme de la nuit est imperceptiblement troublé par une rumeur… puis le son caractéristique d’une cavalcade sur l’asphalte. Assourdissant.

Soudain, quatre chevaux blancs surgissent dans la nuit noire et silencieuse, majestueux. Tandis que je les suis du regard, hébété, mon regard se pose sur Elle. Devant l’épicerie de nuit, dans un cône de lumière, son profil allumait une cigarette. Elle tourne la tête, me regarde un instant, puis s’en va. Sa queue de cheval me dit au revoir…


Déposé par la vague, le requin, gueule béante, vint s’échouer haut sur le sable. Les quelques enfants qui jouaient, éparpillés sur le rivage, cessèrent, le temps d’observer, impavides, le requin-paquebot qui les dépassait.

Le mastodonte bleu acier gisait dans le paysage jauni – immense, immobile, dangereux.

Près de la cuirasse, la sœur regardait un frère qui regardait l’autre. L’air vibra, altérant l’illusion, révélant fugacement leur peau et leurs tignasses bleutées, la collerette-marguerite qui ornait chaque cou, bleue aussi. Vision subliminale.

-Il faut y aller, décréta-t-il.

-Z… ! hurla-t-elle soudain, son cœur comprimé de peur et de désespoir, avisant l’enfant qui se trouvait loin de l’autre côté de la bête, VIENS VITE !!!

L’enfant au corps dégingandé, insouciante, contourna le requin en courant, suivant une trajectoire incertaine. Trop près… ! pensa-t-elle, paniquée, un battement de queue et c’en était fini… mais elle était déjà hors de danger.

Puis, la voix de leur mère, bienveillante :

-Laisse, dit-elle à son fils, tu vois bien qu’elle l’aime…


-Ça vous dirait d’aller à Jolisy ?

C’est où, ça ?

-C’est où ?

Oui.

Il sourit, comme pour dire on en n’a rien à foutre de où c’est. Il y a l’océan dans ses yeux, et de la lumière, son sourire est tranquille.

Les silences, entre nos mots, s’étirent délicieusement. On est accoudés sur un coin du bar, nos bouches, proches, séparées uniquement par la visière de sa casquette, par-dessous laquelle il me regarde, l’œil taquin.

-Qu’est-ce qu’on y fait, à la fête de Jolisy ?

Je m’en fous.

Son sourire, qui s’élargit imperceptiblement à cette seconde, me convainc définitivement.

Il penche légèrement la tête ; sa visière le gêne, il va m’embrasser, je n’attends que ça. Il sourit toujours. Je me penche un peu, si peu… j’ai hâte que nos lèvres se touchent, mais son regard se fixe alors par-dessus mon épaule droite.

Quoi, qu’est-ce qu’il y a ?

Et puis tout bascule. Du fond de l’appartement, déboulent d’abord ma fille (tiens, elle était là ??), puis mes frères, en pleine conversation, leurs voix graves et enchevêtrées agressant mes nerfs.

Bordel … !! Mais qu’est-ce qu’ils foutent ici, tous ?!

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑